Dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, une amnistie conditionnelle pour les membres du PKK a suscité un mélange de soulagement, de joie et de profond scepticisme. Tandis que certains y voient une étape vers la paix attendue depuis longtemps, d’autres la considèrent comme une manœuvre cynique de la part d’un État qui n’a jamais respecté leurs droits.
Pendant plus d’un siècle, l’État turc a systématiquement opprimé sa population kurde. Il a cherché à effacer l’identité kurde, à imposer l’assimilation et à endoctriner des générations de Turcs pour qu’ils haïssent leurs compatriotes kurdes. Les campagnes brutales de l’État, y compris les tentatives de génocides, ont laissé des cicatrices profondes.
Malgré des décennies d’efforts militaires et de répression, le gouvernement turc n’a pas réussi à vaincre la résistance kurde. Maintenant, reconnaissant l’impossibilité d’une solution militaire, il a été contraint au dialogue. L’amnistie conditionnelle pour les combattants du PKK est le résultat direct de cette lutte kurde incessante.
Pourtant, une paix véritable exige bien plus qu’une amnistie conditionnelle. L’État doit démanteler complètement son racisme institutionnalisé. Il doit réécrire les programmes scolaires qui, depuis des décennies, ont interdit la langue kurde et promu un nationalisme chauvin.
Aujourd’hui, près de 20 millions de Kurdes en Turquie ne peuvent toujours pas accéder aux services publics dans leur langue maternelle. Les formulaires administratifs et les portails officiels restent disponibles uniquement en turc, révélant un refus persistant de respecter les droits linguistiques.
Les doutes sont élevés. Beaucoup se souviennent des précédentes tentatives de cessez-le-feu qui ont échoué, et de l’intensification de la répression d’Ankara contre les politiciens et militants kurdes. La nature conditionnelle de l’amnistie donne à l’État un outil pour contrôler le processus et faire marche arrière à volonté.
Si le gouvernement turc est sérieux au sujet de la paix, il doit aller au-delà des gestes superficiels. Il doit accorder des droits culturels et politiques complets, libérer tous les prisonniers politiques et mettre fin à sa campagne de génocide culturel. Alors seulement, la confiance pourra commencer à être reconstruite.
Tant que l’État refusera d’inverser son projet d’effacement centenaire, le scepticisme kurde restera justifié et la perspective d’une paix durable sera faible.